Déjà un mois que la petite famille a repris ses quartiers bamakois… Maintenant que Mademoiselle semble habituée à son nouvel environnement, il est temps d’aller faire un tour au bord de l’océan !
Nous voilà donc entassés tous les 3 dans le taxi qui mène à l’aéroport, le coffre aux 3/4 rempli des affaires de la miss (qui change de tenue 3 fois par jour vue sa propension aux crachouillis intempestifs et autres débordements dont je vous passerait les détails…), coincés dans les embouteillages de Bamako qui n’ont rien à envier à ceux de l’A6 un soir de départ en vacances quand il pleut… Sauf qu’il fait 40°C dans le taxi, que les vitres ouvertes nous apportent les effluves persistantes des pots d’échappements malodorants des sotrama (minibus collectifs) d’avant guerre, et que nous sommes assaillis tous les 10 mètres de vendeurs ambulants brandissant des objets tous plus indispensables les uns que les autres : Carte du monde, tapis de prière avec boussole intégrée, calculatrice géante, Mixer, Mouchoirs en papier, Serviettes éponge, moumouth pour volant ou plage arrière, jeans d’occasion, dessous de table en forme de continent african… Difficile de résister à la fièvre acheteuse !!
Nous avons même droit à un nettoyage du pare-brise du taxi, mais uniquement devant la place du mort, dans l’espoir de recevoir quelques francs des passagers du taxi !!
Bref, après une longue attente, nous arrivons enfin à l’aéroport où le panneau d’affichage n’annonce toujours pas notre vol (qui part dans une heure), mais comme tout le monde semble enregistrer pour dakar, nous suivons le mouvement…
Petite pause au bar de l’aéroport, pour une saynète digne de Ionesco:
« - Bonjour, est-ce que vous avez des sandwichs ?
-Oui, je peux vous donner le menu ?
-Oui, volontiers. Vous avez tout ce qui est sur ce menu ?
-Oui
-Vous avez aussi des pizzas ?
-Oui
-et des crêpes ?
-Oui.
-Bon, alors je vais prendre une pizza et une crêpe
-Bon, pour le moment ce n’est pas possible, il y a coupure de courant.
-Ah bon ? alors 2 sandwichs
-non, ce n’est pas possible non plus avec la coupure
- ???»
Nous faisons patienter nos estomacs devant le match de la coupe du monde que retransmet la télé flambant neuve de la salle d’attente (en noir et blanc…), et bien que le vol ne soit toujours pas indiqué nous finissons par embarquer.
Quel bonheur de sortir de l’avion pour respirer l’air frais et iodé de Dakar ! Et quel bonheur de griller la queue grâce à Zoé, de se faire accueillir par Lucie au volant de son 4*4 de choc et d’arriver pile poil pour l’apéro, dans sa maison à deux pas des flots bleus… Les vacances s’annoncent bien !!
Bon, évidemment, il faut se mettre au rythme local (qui change du coucher 10h, lever 7h de notre nouvelle vie de parents)… là nous sommes plutôt sur une moyenne de coucher à 2h, lever 11h-14h… Dur dur de gérer Zoé dans ces conditions, mais ces horaires nous permettent quand même de faire un tour à la plage dimanche après midi…
Ah, l’eau fraîche (10 degrés de plus que l’océan sur la côte basque mais 10 d° de moins que notre piscine à bamako), les rouleaux, l’ambiance de la plage…
Puis le petit tour au marché aux poissons où nous avons bien du mal à sauver Zoé des mains prédatrices des vendeuses, qui ne souhaitent qu’une chose : qu’on la leur laisse !!
Nous réussissons heureusement à repartir avec enfant et poissons et gambas… Nous voilà fin prêt pour le Barbec…Dur dur les vacances…
[petit apparté : Non, Lucie ne m’a pas payée pour que je fasse la promo de son hospitalité, mais si j’étais le michelin je dirai « vaut le voyage »].
D’autant que nous avons pu profiter d’un petit concert privé organisé par Sébastien, qui a invité un célèbre joueur de Kora (une sorte de harpe africaine) à venir jouer chez eux…
Ambiance recueillie pendant les 2 heures où Ablaye Sissoko, griot de son état, nous fait partager sa passion pour les Koras :
Règle N°1 : Les koras ont une âme, et elles se laissent mourir si on n’en joue pas
Règle N°2 : la Kora est égoïste, elle ne supporte pas le partage… Les conjoints n’ont qu’à bien se tenir !
Règle N°3 : pour tirer le meilleur d’une Kora, il faut l’avoir dotée de son grigri (bien caché à l’intérieur de la caisse de résonnance)
Règle N°4 : En plus du bois, de la peau de mouton (ou de léopard), des nerfs de bœufs (ou leurs copines plus modernes les cordes à linge), et des clous, il faut un Maître es-kora pour l’accorder une première fois (« la stabiliser »), sans quoi votre kora ne jouera jamais juste et vous passerez votre vie à tenter de l’accorder
Règle N°5 : la kora se déguste mieux en petit comité, dans un silence recueilli.
Et c’est ce que nous avons fait, c’était un vrai bonheur de partager ce moment… Alors fans de kora ou pas, allez-y foncez voir ou écouter Ablaye Cissoko !
Après cela, nos vacances ont paru bien routinières : quelques jours sur la petite côté du Sénégal, dans un hôtel les pieds dans l’eau où,
hors saison, nous avons eu droit à la compagnie pittoresque du gérant à chacun de nos repas et de nos sorties hors de la chambre ;-) Il faut dire que Jean-Paul est un sacré loustic, soixanthuitard bien tapé, ayant roulé sa bosse un peu partout dans le monde et connaissant ce coin de Sénégal depuis plus de 30 ans… Visionnaire, il a recyclé sa ferme bio en résidence pour retraités européens en mal de soleil et d’amours faciles… Ca rapporte mieux ! (surtout quand on ne paie pas d’impôts…)
Avis aux célibataires endurcis, il en est au 10ème mariage célébré entre une employée et un client !
Enfin un petit passage à Gorée, l’île où étaient parqués les esclaves avant d’être vendus à des marchands en partance pour les Amériques… et toujours la même question dans ce genre de situation : comment pouvait-on vivre - sans se poser de questions - à l’étage supérieur de maisons où 150 esclaves s’entassaient au RDC ???
Aujourd’hui Gorée n’abrite plus d’esclaves mais les restes de son passé constituent son principal attrait : des maisons colorées au bord de la mer, des rues pavées, un charme tout provincial, et des centaines d’artistes de tout poil cherchant à profiter de la manne touristique en font un lieu chatoyant et agréable.
La semaine touche déjà à sa fin, il nous faut quitter Dakar, ville blanche, iodée, moderne, festive, à l’ambiance estivale, pour retrouver Bamako, ville rouge et verte, poussiéreuse, chaude et sèche, traditionnelle jusque dans les tenues de ses habitants, leurs loisirs, leur organisation sociale…pour ce qu’on en voit !
Fin des vacances...
Derniers Commentaires